Dans les rêves/cauchemars post traumatiques que j'ai fait, il y avait toujours de la musique. Une musique de fond, comme une musique de film. Ou/et le tintement d' une sonnette... Il m'est arrivé plusieurs fois d' être réveillée par une sonnette, au point de croire que quelqu'un avait sonné à la porte ou à l'interphone. C'est d' ailleurs ce qui me réveillait. Mais il est arrivé, avant ces cauchemars, que je sois réveillée par une sonnette dont je ne savais pas si elle était réelle ou pas. C'est comme si il s'agissait d' une alerte. Les cauchemars commençaient à émerger quelques jours ou semaines plus tard. Cette nuit j'ai fait des débuts de cauchemar et à nouveau il y avait de la musique, et dans le second cauchemar, un unique tintement de cloche. Je m'attends à une nouvelle série de cauchemar me révélant/libérant de quelque chose. Quand je me suis réveillée, je me suis dit "mon dieu mais d' où je reviens ? Il y a encore des horreurs à déterrer ?" Mon corps était très douloureux. Douloureux de tensions. Dans mon sommeil il m'arrive de faire des crises de tétanie et même selon ma fille qui en a été témoin, de convulsions. Plusieurs fois je me suis réveillée le corps si tétanisé que j'avais l'impression que mes muscles étaient en béton, et d' avoir été rouée de coups. Pour en revenir à la musique dans ces cauchemars, elle évoque une sorte de souvenir. C'est vraiment étrange. C'est comme ces musiques de documentaires lugubres sur l'histoire. J'assiste au film de ma vie en fait, à sa vérité. Le climat est toujours sombre. Je présume pour en avoir fait l'experience que les cauchemars post traumatiques nous conduisent aux lieux clés, gravés et symbolisés dans notre psychisme, qui ont crées des conflits internes. Résoudre la symbolique permet de libérer le nœud traumatique, ce qui contribue au rééquilibre des forces entre les différentes parties de ce psychisme. Après une période très angoissée, au point d' avoir peur de sombrer dans une folie schizophrène ou démente, j'ai décidé pour éviter le pire de faire face à ces cauchemars, plutôt que de chercher à les fuir, et ce fut au fond salutaire (mais éreintant !). J'ai eu la chance d' avoir les forces et le soutien nécessaires (mon psychanalyste) pour surmonter cette épreuve violente des cauchemars post traumatiques, épreuve qui a durée plus de 3 mois. Je me suis rendue compte que mes traumatismes étaient liés à l'inceste mais pas issus de l'inceste. Le trauma est un choc violent, une explosion cérébrale. Dans l' inceste la violence (physique, menaces) n'est pas toujours présente. Personnellement c'est plutôt à l'inverse une hyper gestion des émotions que j'ai mis en place. Bien sûr on peut parler d'une violence du sentiment de culpabilité, de honte, de la violence de situations où il est impossible de faire respecter un refus, sans pour autant qu'il y ait viol (par exemple à un moment donné dire non, être harcelée jusqu'à ce que l'on se soumette, que l'on en finisse.. Un trauma chez une personne victime d' inceste peut se situer ailleurs, comme dans une scène familiale par exemple, mais il peut être associé à l'inceste puisque celui ci génère de la culpabilité y compris quand il est découvert et réprimé violemment. Paradoxalement un traumatisme peut se trouver là aussi, dans la répression violente. Il arrive que deux enfants d' une même famille se découvrent et que le "touche-pipi" aille un peu trop loin, si par exemple un enfant a assisté par hasard (regardant tout naturellement par curiosité) à des scènes de sexe de ses parents et cherche à les reproduire. Dans le cas où les parents le découvrent et interviennent, il arrive qu'ils réagissent violemment. Non seulement cela génère de la culpabilité et de la honte mais en plus de la peur, selon. Et un enfant qui a peur de la réaction de ses parents, et honte, devient une proie facile aux abus sexuels. Il n'osera plus rien dire. Sa capacité à dire non en cas de réitération ou d' un abus par une autre personne sera prise au piège .... Sans parler des répercussions de la sexualité coupable. C'est exactement ce qui m'est arrivé. Ma grand mère m'a raconté que lorsque j'avais 2 ou 3 ans, elle nous avait retrouvé mon frere et moi tout nus dans leur chambre, mon frere (de 6 ans mon ainé) sur moi. Elle aurait eu une réaction démesurée. Je ne m'en souviens pas mais ce que je sais c'est que j'avais tellement peur de la réaction de ma mère que je n'ai pas osé parler quand mon frère, un an ou deux plus tard (j'avais 4 ans et là je m'en souviens parfaitement) a abusé de moi. Le comportement de mes parents, surtout de ma mère, m'a condamnée à subir, avec la pression en plus d' être découverte. Je dois ajouter que le comportement de ma mère à mon égard en général était particulièrement rejetant. Mais peut être que mon besoin d' aide enfermé dans la peur donne à ma mère une dimension faussée de son rejet, dans le sens où il est possible que je le perçoive comme supérieur à ce qu'il était, parce que j'avais besoin d' elle et qu'elle ne m'a pas secourue. C'est donc cette dimension qui peut faire tache sur l'intégralité de notre relation.. Ainsi, je percevais les moindre remarques ou inattentions comme la confirmation de son rejet... Pour en revenir au traumatisme, je disais qu'une scène violente, qui peut aussi être familiale par exemple (une dispute entre parents qui dégénère violemment par exemple) peut-être la cause d'un traumatisme qui est associé à l'inceste. C'est important à mon sens de le dire car on entend toujours parler du traumatisme de l'inceste. Or, si celui ci génère un mal être, il n'est pas toujours la cause du traumatisme, s'il en est. Je dis bien s'il en est un. Car il y a une ambiguité récurrente et que je trouve discutable dans les discours sur l'inceste qui consiste à dire que celui-ci provoque un traumatisme, plutôt que de dire que le viol ou l'agression sexuelle le provoque, aggravé (ou pas, concernant le traumatisme) en fonction du lien familial avec l'agresseur/euse. Ce qui n'est pas toujours le cas. Il peut il y avoir des jeux sexuels qui finissent par des abus (problématique des limites et du consentement) ou un environnement qui tisse une impossibilité de faire valoir son consentement, mais sans qu'il y ait agression caractérisée, ni de l'entourage, ni de l'abuseur /euse qui, je le rappelle aussi, peut être un autre enfant. Il faut je crois faire la différence entre trauma et mal être. Entre trauma et culpabilité, honte, quand celles-ci ne sont pas liées à un trauma. Un mal être n'est pas toujours le résultat d'un traumatisme, même si le traumatisme provoque un mal être. Même si le mal être peut être accentué, aggravé, et entretenu par les discours qui l'entoure. Il y a je crois une culture du traumatisme qui est posé "ici ou là" , à tort et à travers, et nous pouvons faire fausse route dans notre quête de restauration. Alors attention aux raccourcis... Extrait de "Mémoire traumatique" : Les 2 définitions les plus complètes et les plus reconnues du psychotraumatisme sont : Celle de Louis Crocq : «phénomène d'effraction du psychisme et de débordement de ses défenses par les excitations violentes afférentes à la survenue d'un événement agressant ou menaçant pour la vie ou pour l'intégrité (physique ou psychique) d'un individu qui y est exposé comme victime, comme témoin ou comme acteur». Celle correspondant au DSM IV américain (catalogue des affections mentales) : troubles présentés par une personne ayant vécu un ou plusieurs événements traumatiques ayant menacé leur intégrité physique et psychique ou celle d'autres personnes présentes, ayant provoqué une peur intense, un sentiment d'impuissance ou d'horreur, et ayant développé des troubles psychiques lié à ce(s) traumatisme(s). Pour en faire un résumé et une synthèse on peut définir le psychotraumatisme Comme l'ensemble des troubles psychiques immédiats, post-immédiats puis chroniques se développant chez une personne après un événement traumatique ayant menacé son intégrité physique et/ou psychique. Ces troubles psychotraumatiques sont spécifiques et le symptôme principal : la mémoire traumatique (les réminiscences des violences) est pathognomonique c'est à dire non seulement caractéristique des violences traumatisantes mais aussi pouvant établir la preuve diagnostique d'un traumatisme." -------------- Dans la mesure, par exemple, où l'inceste a commencé très tôt, par des jeux comme je l'ai lu dans plusieurs témoignages de victimes, et qu'il s'est poursuivi par des abus dont la victime ne peut se défaire, peut-on toujours parler de traumatisme du seul fait d'un inceste, ou le traumatisme peut il résulter des comportements qui l'entoure ? Ou encore peut-il résulter du fait de l'horreur, de la stigmatisation et du rejet qu'il suscite, qui influe sur les comportements qui l'entoure, qui peuvent être violents jusqu'à provoquer des traumatismes ? Je pose la question....