
J'ai le sentiment d' émerger d'un cauchemar.. Suivi d'un délire. Et d'être revenue dans le réel ce matin seulement. Cette nuit (impossible de dormir) je voyais les visages des victimes. J'ai pensé que c'était à eux qu'il fallait demander : Que faire ? J'ai pensé à eux, je voyais juste leur visages, et j'ai ressenti de la douceur. Une grande douceur. Lointaine, écartée du tumulte. Je la ressens encore. Comme on s'abandonne, comme on baisse les armes, dans un enlacement. Je pense aux familles.. A toutes les familles. A leur deuil à elles. Et je suis partagée entre ce que représente l'unité d'aller à ce rassemblement, et le sentiment que nous volons par des amalgames le deuil aux familles des victimes... J'ai l'impression que nous effaçons ces hommes et femmes, en faisant d' une pierre deux coups... Comme si nous les érigions en symbole, de force.... Je ne sais pas... N'est-il pas possible de faire autrement ? Nous pourrions seulement manifester en silence notre soutien... Le témoigner un peu partout, ici et là.. sans prêter le flanc aux vautours dans une marche funèbre où tout se mélange ? Je ne sais pas ce qu'il faut faire. Je ne suis pas Charlie. Cette exécution m'a bouleversée. Dans toute sa violence. Elle m'a estropiée. Mais de ce terreau qu'est le fumier d'une blessure, une fleur peut voir le jour.. Puis une autre, d' une autre même blessure, et une autre, et une autre.. Autant de fleurs que de blessures peuvent naitre.. C'est je crois aujourd'hui le moindre hommage que l'on puisse rendre aux victimes sans les piétiner, et la moindre réponse que l'on puisse donner à cette attaque.