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Changer de regard

Je n'ai pas de prétentions. Pas de missions. Je considère qu'écrire quelque part ce que je vis, ai vécu, pense, c'est faire ma part dans la grande cuisine humaine. Je mets des oeufs dans le panier. Ils sont là. Ils sont disponibles, libres. Et d'être en accord avec moi, de trouver en écrivant cet accord, c'est ce qui me permets de retrouver le goût de vivre. De trouver un équilibre. De me réaporoprier mon identité. Je pense qu'il faut cesser de chercher à être d' accord avec les autres. Les entendre, les lire, réfléchir seul.es ou ensembles, c'est suffisant. Peut être que nous réfléchissons toujours ensembles d' ailleurs. Alors tant pis pour la censure. Après tout, à chacun.e ses responsabilités, à chacun sa conscience. Peut être que ce que j'écris manque de professionnalisme, n'est pas assez construit, ou que sais-je encore, pour être utile aux autres tel quel et je peux le comprendre. Si quelque chose a son utilité dans tout ce bazars ce sera déjà pas mal. Moi, mon "job", c'est mes notes. C'est de laisser quelque part une mémoire parmi des milliards de mémoires. Peut être que c'est une manière de faire partie du monde, sans aucune discrimination. D' être dans une dimension, parmi les autres. Car c'est ce qui est formidable dans le virtuel informatique : il n'y a pas d' meilleur endroit pour être parmi les autres et de laisser un héritage parmi tous les héritages. Ce que j'écris ici est une réflexion sur la question de l'inceste. Quelqu'un aura peut être un jour le courage de sortir plus avant ce sujet des carcans du contrôle et des stigmatisations, avec une analyse critique sur les discours, orientations psychiatriques, et méthodes contemporaines, et de travailler ce sujet comme un objet de recherche neutre, en rendant le sujet moins chargé d' émotions, HUMAIN. Sans démesures ni négations...D' aller chercher dans la question sociale, de rapports de pouvoir au sein des familles, de notre manière de faire famille, de la construction sociale de notre regard sur ce qui touche à l'inceste. Sur la question de la souffrance : Tous les humains souffrent et l'inceste n'engendre pas de pires souffrances que d' autres souffrances. Elle devient pire souffrance aux yeux des personnes qui le traverse si une société le considère ainsi. D' ailleurs il y a plusieurs formes d' inceste. La souffrance principale des personnes qui ont vécu dans l'inceste est produite par la stigmatisation sociale, visible et invisible, positive et négative. L'inceste est une étape constituante de l'identité de ceux et celles qui la traversent, même si notre identité ne s'arrête pas à l'inceste. Mais cela sera rendu possible si, plutôt que de s'arrêter définitivement sur des conséquences dramatiques (ou dramatisées ?) de l'inceste, conséquences supposées et scientifiquement prouvées sans qu'aucune critique ne puisse venir les remettre en cause, nous mettions un peu de neutralité dans ce en quoi pourrait éventuellement être partiellement constituant de nos choix, du fait d' un inceste. Cela permettrait de désenfler le sujet, tout en en parlant, et de le sortir de la stigmatisation. Car porter des jugement de valeur sur les choix et orientations qui sont prises du fait supposé d'un inceste c'est faire quoi sinon stigmatiser et contrôler ? Donner une image misérabiliste ou de "survivant.es", qui serait plus digne, des personnes, selon leurs choix, parce qu'elles ont vécue dans l'inceste, autant que rejeter l'idée que des personnes ayant vécue dans l'inceste puissent faire certains choix (par exemple se prostituer) ou prennent certaines orientations (par exemple autre qu'hétérosexuelle) c'est quoi d'autre que de les stigmatiser ? Ce qui est misérable, c'est d'avoir rendu un sujet si sensible qu'il ne produit que censures, contrôles, narcissismes démesurés, stigmatisations visibles et invisibles, positives ou négatives, rejets, et ce, où que l'on soit, dans les groupes dominants ou les minorités.  Parallèlement à la recherche,  il n'est pas question toutefois de censurer la plainte, l'expression de la souffrance par les personnes ayant vécu dans l'inceste. Car pour le moment le regard social est ce qu'il est, et nous renvoie à une souffrance qui doit pouvoir se dire. Mais est ce que juste une écoute est possible ? Est ce que juste accueillir ce qui vient et ce qui devient, sans jugements de valeur, est possible ? Juste un "c'est entendu" ?  La question se pose donc à mes yeux dans le regard social. Sa bienveillance, son accueil de nos identités, quelques soient nos choix, nos orientations, sans jugements, sont la meilleure voie pour un progrès social et une atténuation des souffrances des un.es et des autres.  La société qui a été fabriquée est une société basée sur une sorte de course au pouvoir  des souffrances, qui doivent être revendiquées pour produire quoi ? Les souffrances ou rôles souffrants sont bien réels mais vers quoi allons nous ? A-t-on besoin d'une récupération voir exagération des souffrances pour faire valoir le droit d' être respecté.es ou peut-on juste être respecté.es et se faire respecter parce que c'est la base d' une société vivable, tout simplement ? Il semblerait que ce soit ce principe qui pose un problème, et qui conduise à la fabrique de comportements où l'on est invité.es à montrer à quel point l'on souffre, ce qui sert de base pour fonder des idéologies axées sur le contrôle.  La question des pouvoirs et des luttes de classe est intrinsèque à la fabrication de ces comportements.  Car pourquoi avoir besoin d'une instrumentalisation de la souffrance et des larmes pour défendre les droits des femmes et des enfants ? Ils ne seraient pas assez légitimes sans cela ?
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